Encore une fois, après ma rencontre avec Olivier Adam et celle avec Gilles Leroy grâce au journaliste littéraire et auteur Xavier Houssin (qui écrit dans le Monde des livres) et Amélie Dor-Houssin qui  habitent tout près de chez moi et qui organisent régulièrement des rencontres avec des auteurs, j’ai pu rencontrer un auteurs que j'apprécie !

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J'aime beaucoup Jean-Philippe Blondel que j'ai d'abord rencontré avec G229 qui m'a beaucoup parlé puis j'ai enchaîné avec Blog et Brise-glace, deux romans jeunesse, j'ai ensuite lu Et rester vivant, son roman quasi autobiographique, (Re)play, encore un roman jeunesse, et le mois dernier j'ai lu Un hiver à Paris, son dernier roman, et Juke-box... Et j'ai tout aimé! Comme à chaque rencontre d'auteurs, j'ai pris un milliard de notes illisibles 11209340_507831212703192_4007677265882401778_n. Je ne vais pas forcément raconter de façon linéaire ce qui a été dit mais je pense avoir été fidèle en vous racontant ce joli moment littéraire.

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Xavier Houssin a commencé la rencontre en citant la quatrième de couverture du premier roman de Jean-Philippe Blondel : "Ecumeur de région côtières et amateur d'iode" car, pour la petite histoire, l'auteur est venu dans la Manche directement de Troie et s'est baigné dès son arrivée ;-)

J'ai beaucoup aimé la description que Xavier Houssin a ensuite faite de Jean-Philippe Blondel car je la trouve très juste : "Tragique et tendre, des romans sur la solitude, la perte, le hasard, la réconciliation. Toujours léger, même quand c'est grave, toujours grave, même quand c'est léger." L'auteur a approuvé en disant qu'effectivement c'était ce qui l'intéressait.

Le journaliste est ensuite  revenu sur le passé de l'auteur (la perte de sa mère et de son frère à 17 ans puis de son père à 22 ans dont il a parlé de façon très autobiographique dans "Et rester vivant".) Il a lu un extrait qui semble avoir ému Jean-Philippe Blondel (et qui m'a ému aussi).

Jean-Philippe Blondel a expliqué qu'il oscillait entre la normalité et le fait de s'évader en écrivant. Il a toujours l'impression d'être un funambule mais que maintenant, il n'y a pas juste un fil sous lui mais un muret, qu'il se sent plus en confiance. Il se réinvente une vie à chaque fois qu'il écrit. Il l'embellit, il la transforme, il la torture parfois. Il essaie de lui donner du volume.

A la question de ce qui lui a donné envie de devenir écrivain, il a répondu qu'il serait romantique et beau de penser que le drame qu'il a vécu à 17 ans l'avait poussé à écrire mais qu'en réalité il écrit depuis qu'il a 7 ans (des poèmes d'enfant pour commencer, puis des nouvelles à l'adolescence, et depuis longtemps un journal) .Il s'est toujours senti bien dans ce moyen d'expression. Il savait de manière obscure, sans le dire, qu'il voulait être écrivain mais avec ce qui lui est arrivé, cela avait pris une autre ampleur. Il ne peut pas vivre sans écrire :  il écrit tous les jours et s'il n'écrit pas, il n'arrive pas à dormir.

Dans son premier roman "Accès direct à la plage", il a écrit un roman puzzle, à tiroirs, avec de nombreux personnages qui se croisent au fil des ans. Il a commencé avec quelques personnages qu'il a voulu suivre à d'autres périodes et il s'est même laissé surprendre par eux et a fait évoluer le roman en fonction d'eux.

La notion de "normalité" revient régulièrement dans ses romans et il dit qu'on a tous notre petite folie et que la sienne c'est la normalité. Cette recherche de normalité, pour lui, est liée à l'écriture car dans son milieu d'origine, le fait d'écrire sortait de la norme alors il se cachait. C'est cette expérience de la différence, liée à l'écriture, qui a amené une envie d'être comme tout le monde.

Pour revenir sur son intérêt pour les personnages dans ses romans, il explique que quand on est écrivain, il y a trois grands cycles : l'intrigue, les personnages et le style et que pour chaque écrivain il y a un aspect qui ressort plus. Chez lui, les intrigues sont minuscules et peuvent se réduire parfois à quelques lignes. Son influence anglo-saxonne fait qu'il a tendance à faire en sorte que le style se fasse oublier mais pour lui les personnages sont essentiels.

Il a raconté qu'il pouvait passer des heures à regarder les gens qui passent, en imaginant leurs vies. Il écoute ce que les gens disent dans les restaurants et se faire rappeler à l'ordre par sa femme (Alors là, je comprends très bien, je suis pareille! ma meilleure amie me dit que "j'ai mis mes antennes" quand je parais moins concentrée parce que j'écoute ce qui se passe ailleurs ;-) ). Les gens l'intéressent vraiment. Les personnages sont ses amis intimes et il est très attaché à eux, au point d'avoir du mal à terminer un roman car il a du mal à quitter ses personnages. Il reste parfois quelques heures dans sa pièce de travail après avoir fini pour les laisser partir.

Ses personnages ont une part de lui en eux. D'ailleurs, il mêle souvent de la réalité à la fiction et cela devient le roman. Il se dilue dans tous les personnages.

Il considère qu'il y a des personnages qui grandissent de façon harmonieuse mais que souvent on grandit face aux drames. Le bonheur permet aussi de grandir mais face à un drame la maturité monte à pic.

Ce qui l'intéresse beaucoup dans un personnage, c'est l'entre-deux. Dans "Un hiver à Paris", Victor est coincé entre Paris et la province, entre le lycée huppé où il étudie et le logement universitaire où il loge, entre le milieu social de ses parents et celui de ceux qu'il fréquente en prépa. Il est perdu mais en même temps, il est libre au milieu de tout. Jean-Philippe Blondel considère que tout le monde peut se retrouver perdu entre-deux à un moment donné et que lui même a ressenti cette impression de ne pas avoir « les codes » quand il a commencé à fréquenter le monde de l'édition.

Il aime beaucoup parler de lieux où les gens se croisent quels qu'ils soient, peu importe leurs vies ou leurs origines. Des lieux où toutes les histoires peuvent naître : plage, rue, train...

Concernant la nostalgie, il nous a dit qu'il y avait pas mal de nostalgie dans ses romans alors que dans la vie il était plutôt happé par le quotidien. Mais l'écriture est un moment qui permet de se poser et de revenir sur le passé et c'est quelque chose qu'il aime.

Au début de sa carrière d'écrivain, il jouait beaucoup sur la forme et il ne s'autorisait pas à plonger dans l'émotion mais maintenant il a envie de s'ouvrir à ses émotions. Il a parlé de "Et rester vivant" et "Passage du gué" qui sont ses deux romans les plus personnels (il m'a d'ailleurs semblé très ému en parlant su deuxième).

Il a expliqué que quand il commence un nouveau roman, il met beaucoup de temps à chercher une chanson qui va coller à son envie et ensuite il l'écoute en boucle tout le temps de l'écriture. Cela lui permet de garder une couleur au roman et chaque jour quand il reprend l'écriture, la musique le ramène exactement où il en était la veille. Cela donne une tonalité au roman qu'il est peut-être le seul à ressentir  mais qui est importante pour lui. (Cela m'a rappelé ce que Sorj Chalandon avait dit sur ses rituels d'écriture liés à la musique).

Jean-Philippe Blondel est toujours professeur d'anglais et il dit se sentir autant prof qu'écrivain. Si on lui demandait de choisir entre être prof d'anglais et écrivain PUBLIÉ, il choisirait prof car il considère qu'il sera toujours écrivain. Il organise sa vie autour de l'écriture, il a besoin de cette routine car l'écriture est essentielle pour lui et s'il ne devait plus être édité, il pense qu’iil s'y ferait et continuerait d'écrire. Pour rester humble, il regarde souvent les catalogues d'éditeurs des années 70 pour se rendre compte que la majorité des auteurs de l'époque sont complètement oubliés aujourd'hui. Il a joute qu'il a aussi une vraie fibre pour le métier de prof.

Il a écrit G229 car il en avait marre d'entendre toujours la même chose dans les médias : soit des critiques sur les profs, soit une mise en avant des problèmes rencontrés à l'école et il regrettait qu'on ne se concentre jamais sur la majorité des cas où globalement tout se passait bien. Il voulait aussi remettre de l'humanité derrière le prof.

Concernant ses romans jeunesse/ado, il a expliqué qu'il n'écrivait pas différemment pour les jeunes et les adultes -à part qu'il mettait peut-être moins d'ellipses et que les romans sont un peu plus courts. Il déplore d'ailleurs qu’en France l'édition sépare tant les deux catégories. Dès qu'il y a un personnage adolescent, c'est classé en "jeunesse".

Il a raconté qu'il a commencé à écrire pour la jeunesse par hasard. Pour remercier une classe dont il était très proche, il leur a écrit une histoire qu'il leur a lue et offerte sous forme de photocopies : "Un endroit pour vivre". La mère d'un des élèves qui était libraire en a parlé à Jeanne Benameur qui l'a contacté pour le publier. Cette expérience a déclenché quelque chose. Il a eu envie d'écrire pour eux, pour ceux qui sont en face de lui tous les jours.

Il a ensuite parlé de son amour pour la littérature. Il aime Modiano « pour creuser le temps » et Kerouak « pour l'arrêter ». C'est un amoureux des livres qui peut en lire 80 par an mais qui, à part pour Proust et Modiano, n'est pas attaché à une œuvre mais plus aux livres. Il a parlé avec passion de certaines de ses lectures (Il a d'ailleurs dit que "Les intéressants" de Meg Wolitzer était extraordinaire) ajoutant qu'il était souvent étonné et emporté par ses contemporains. Il aime beaucoup les romans qui parlent de la vie quotidienne car il a besoin de se reconnaître dans les personnages.

Il a aussi parlé d'une adaptation théâtrale de son roman « 6h41« prévue bientôt et qu'il avait hâte de voir ses personnages sur scène.

 

Cette rencontre s'est passée sous le signe du sourire et de la bonne humeur. Plein d'aisance et de gentillesse, Jean-Philippe Blondel était naturel et sympathique.

Au moment de passer aux dédicaces, j'avais plusieurs livres à faire signer car j'avais proposé à Saxaoul qui m'avait prêté son exemplaire de lui renvoyé avec un petit plus ;-) J'avais aussi un livre pour ma copine Mrs B qui devait venir et qui a eu un empêchement de dernière minute. Personnellement j'avais acheté « G229 » que j'avais lu il y a longtemps mais emprunté à la médiathèque et « 6h41 ». Je lui ai dit que je m'étais reconnue dans « G229 » car j'étais prof d'anglais dans le même collège depuis 15 ans et que pour moi c'était  « A26 »! Au moment où il était en train de dédicacer mon deuxième livre, j'ai osé lui dire que j'avais un blog de lecture et je lui ai tendu ma carte de visite et là j'ai eu un grand moment d'émotion quand en voyant mon nom, il a dit "Ah mais oui! Mais oui, Enna! Mais il fallait le dire!" J'ai répondu que je n'osais pas trop mais que j'avais parlé de plusieurs de ses romans et que je les avais aimés. Il m'a dit que même si je ne les avais pas aimés, pour lui, une fois que le livre est lu, il vit sa vie. Je lui ai quand même dit que si je n'avais pas aimé ses livres je ne lui aurais peut-être pas donné ma carte ;-) Nous avons aussi parlé de ses romans jeunesse car j'étais contente de l'entendre dire qu'il ne faisait pas de différences quand il les écrivait. Je lui aussi dit que j'avais lu "Juke Box" après avoir lu "Et rester vivant" et que j'avais eu cette impression que les deux racontaient la même histoire mais que Juke Box (qui a été écrit en premier) était un roman plus "construit" et "Et rester vivant" le roman de l'émotion et il a approuvé.

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Cette rencontre fut encore un très bon moment de découverte et d'échange avec un auteur et je suis vraiment ravie d'avoir la chance de pouvoir assister à ce genre d'événements! Il y a une pause dans le rendez-vous pour des raisons de transports ferroviaires mais la très bonne nouvelle c'est que normalement Carole Martinez devrait venir en décembre (et qu'elle va sortir un roman pour la rentrée de septembre!!)