J’ai envie de garder en tête que le vendredi 13 novembre 2015, avant de devenir une soirée d’horreur, a été une belle soirée amicale et culturelle puisqu’avec mon amie Mrs B (et Bastien qui s’est encore une fois montré si sage qu’il a été félicité par plusieurs personnes) grâce  à ma librairie chouchou,  la librairie Le Détour,  et dans le cadre du Festival "Les Boréales", un festival de culture nordique,  j’ai pu rencontrer un auteur danois qui parle du Groenland. C’était aussi les 5 ans de cette librairie dont je ne pourrais plus me passer et que je peux maintenant appeler « ma » librairie !

Kim Leine est l’auteur de plusieurs romans mais « Les prophètes du fjord de l’Eternité » est le seul roman traduit en France (mais au moment des dédicaces il a dit que son dernier avait été acheté par Gallimard alors il sera sans doute bientôt traduit !) Il parle danois et communiquait grâce à sa traductrice (bravo à elle, c’est un métier que j’admire !)

Fanny, « ma » libraire  a dit de très belles choses sur le roman que je n’ai moi-même pas encore lu. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais elle a abordé les côtés humains, historiques, la poésie qui existe dans les descriptions de la nature mais c’est aussi un roman initiatique et philosophique. Le personnage est un jeune pasteur danois qui vient au Groenland pour évangéliser le pays dans les années  1790. Elle explique que les personnages sont extrêmement bien campés et que c’est un roman dense dans lequel on plonge dans être submergé, sans étouffer. Il est noir et en même temps il y a des passages apaisants.

Le passé du Groenland

Kim Leine qui connaît très bien le Groenland pour y avoir vécu de nombreuses années précise que son livre n’est pas une dénonciation de la colonisation du Groenland par le Danemark. Il fait remarquer que si la colonisation a évidemment eu des aspects négatifs, elle a quand même permis d’apporter la lecture et l’écriture car pour lui, ce sont des choses qui permettent d’évoluer car on est amené à réfléchir à soi et avoir une nouvelle façon de parler et de transmettre aux générations suivantes.

Mais évidemment, il y a aussi des choses que l’on perd comme l’autonomie. C’est en travaillant sur ce roman qu’il a réalisé que la liberté était le thème principal, à la fois sur le plan personnel avec son personnage et pour le Groenland car cela traite des efforts pour s’affranchir de l’état danois.

Cette lutte pour la liberté des groenlandais a duré très longtemps car  la colonisation a été arrêtée en 1952 mais ce n’est que dans les années 60 qu’il y a eu un statut d’autonomie politique. La lutte perdure car le Groenland est toujours soumis à des mécanismes de colonisation.

Le présent du Groenland

Kim Leine a aussi parlé du Groenland à l’époque actuelle en disant que le pays était un carrefour. Il y a l’industrie minière qui est en plein essor et qui suppose l’arrivée massive d’étrangers ce qui représente une menace pour l’environnement et  l’équilibre. On estime qu’il y a au Groenland le double du pétrole de la Norvège. Il n’est pas exploité mais cela risque d’avoir un impact énorme sur l’économie et sur la qualité de vie des habitants ainsi que sur l’écologie qui risque également d’être menacée. Il explique d’ailleurs qu’au niveau climatique, le Groenland est précurseur de l’évolution climatique : on peut y constater des changements qui auront lieu ailleurs plus tard. Il évoque aussi le fait que la population de 60000 personnes subit encore une dynamique coloniale et qu’ils essaient de s’affranchir. Il estime que l’on peut faire des parallèles entre son roman -historique- et les défis du Groenland actuel.

Les liens de Kim Leine avec le Groenland

Il a raconté qu’il est allé vivre au Groenland parce qu’il avait envie de devenir quelqu’un d’autre. Il a mentionné son envie de suivre les traces de Karen Blixen  et que le Groenland a été « son » Afrique.  Mais que peu importe où on est, il y a des choses qui reviennent toujours, on se retrouve confronté aux stéréotypes de l’homme blanc. Bien que l’on voie ces stéréotypes et les erreurs colonialistes du passé, c’est comme une malédiction, on ne peut jamais revenir à « avant ».

Il raconte qu’à l’époque où il vivait au Groenland, il voulait devenir groenlandais et a commencé par la langue car pour lui la langue et l’identité sont intimement liées. Il na expliqué qu’il peut parler la langue inuit même si la grammaire est surréaliste pour un européen. Il a réussi à s’approprier cette langue et il a même appris à aimer la cuisine qui est très différente ! Il s’est comporté comme un groenlandais et les gens se sont mis à le saluer avec le sourire en l’appelant « Galak ». En regardant dans son dictionnaire datant des années 60, il a vu que cela signifiait « vrai groenlandais » alors il était fier, jusqu’à ce qu’il réalise que dans le vocabulaire contemporain, cela signifiait « grand idiot » ! Il a aussi raconté qu’il a vécu dans des petits villages et qu’en tant qu’infirmier de formation il a souvent joué le rôle d’un médecin et il a mis au monde 25 bébés dans des conditions très rudimentaires.

Quelqu’un lui a demandé dans quelle langue il rêvait et il a répondu que sa femme lui disait que la nuit il criait en norvégien (il est norvégien de naissance) et qu’il parlait parfois dans une langue qu’elle pensait être du groenlandais.

Une autre personne lui a demandé si les groenlandais lisaient ses romans. Il a alors expliqué que le groenlandais écrit était très difficile à lire et que s’ils étaient lecteurs ils préféreraient lire le livre en danois.

La construction du roman

Il a expliqué que la structure de son roman pouvait faire penser un peu à un polar qui commence par la fin avec un drame et après, on replonge dans le passé pour expliquer cela et que cela formait une boucle. Il a raconté qu’il est né en Norvège qu’il est ensuite allée plusieurs année au Groenland et qu’il est ensuite retourné en Norvège et que ce parcours était aussi celui de son personnage principal. Il avait envie de décrire ça sur un fond historique pour faire une sorte d’aliénation pour que tout ce qui est universellement humain ressorte.

Il explique aussi que la partie centrale peut faire penser à des petites nouvelles et il trouve que cela est intéressant pour le rythme. Il a également écrit un prologue et un épilogue, un peu comme un fil rouge qui donne une vue d’ensemble dans ce gros roman.

La libraire a conclu la rencontre en lisant –très bien (Fanny a une voix à lire des livres audio !!)- le prologue et ce passage au très beau style m’a donné envie d’acheter le roman et une dame assise derrière nous a fini de me convaincre en nous disant qu’elle était en train de le lire et qu’elle trouvait que c’était un très beau roman !

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La rencontre se passait dans le bar en face de la librairie et nous avons trouvé une place assise juste derrière ;-)

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Bastien a été très sage avec son catalogue Lego et son carnet ;-)

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Au moment des dédicaces, j'ai pu lui dire que j'avais vraiment apprécié d'avoir découvert le Groenland à travers lui.

 

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J'espère avoir été fidèle à cette rencontre, comme d'habitude, j'ai pris plein de notes qui sont assez illisibles sur mon cahier de brouillon mais que vite retranscrites pour ne rien oublier!