C’est toujours compliqué de raconter un événement comme le marathon car il y a du factuel et il y a du ressenti et les émotions sont souvent très mêlées et c’est particulièrement le cas pour ce marathon.

C’est mon 4ème marathon couru et le 5ème dont je vous ai parlé  après Paris , Le Mont Saint Michel 2014,  l’abandon à La Rochelle pour cause de blessure et Rennes.

Cette fois-ci, j’étais confiante, j’étais presque sûre de le finir en 5h (mon graal, pour l’instant) et je me sentais bien dans les jambes et dans la tête… Et pourtant… vous verrez que le corps en décide parfois autrement…

Je courrai pour  l’Association Roses en Baie-Ensemble contre le Cancer du Sein et ça m’a bien motivée !

La veille j’ai préparé mon dossard, avec le badge « Keep Calm and Carry On » qui me fait penser à ma Twin qui m’a toujours soutenue sur mes courses (et qui m’a offert ce badge) et une petite rose en tissu pour penser aux Roses et je me suis faite une manucure de circonstances.

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Le départ en co-voiturage avec des personnes du club de course à pied avait lieu à 5h, puis une navette et une attente à Cancale pour le départ prévu à 8h30.

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Le temps était brumeux et frais, avec un peu de vent, mais l’attente était sympathique, d’abord avec les gens du club (qui malgré notre énorme différence de niveau sont toujours très gentils avec moi) et une fois dans les sas, il y avait aussi une sorte d’euphorie, des échanges de sourires avec ces inconnus avec qui on va partager quelque chose de particulier. On se dandine en musique pour se réchauffer. Et puis juste avant le départ, on s’applaudit et on part par vagues.

 

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Je suis partie à 8h47 (si je me fie au sms que j’ai envoyé à ce moment-là) et j’ai fait de mon mieux pour caler mon rythme à celui de mon entraînement. Et d’ailleurs jusqu’au kilomètre 25, j’étais dans mes temps prévus, je me sentais bien et puis à 27 km, j’ai senti un vrai découragement (exactement comme en 2014 ! ça doit être mon « mur ») et à 28 et quelques kilomètres j’ai commencé à marcher… Jusqu’au kilomètre 30, j’étais juste découragée et j’ai alterné marche et course de façon assez régulière, mais je commençais à ne plus aller bien physiquement : crampes, maux de tête, maux de ventre et l’impression de sentir mon cœur battre trop vite (alors que vu que je courrais de moins en moins, ce n’étais pas l’effort qui me coûtait), jambes de plomb…

Au kilomètre 36, je n’en pouvais plus, je marchais et je m’arrêtais aussi assez souvent… Je pensais aux Roses, au sens large, toutes les personnes qui ne peuvent pas courir et pire encore, qui en ont marre de la maladie, qui n’en peuvent plus mais qui, elles, ne PEUVENT PAS s’arrêter… Ca m’a poussé à aller au bout, même en marchant mais ça me donnait aussi envie de pleurer de déception, j’avais l’impression de laisser tomber tout le monde !

Et puis, à 3 km de la fin, je me suis dit que je ne pouvais quand même pas FINIR le marathon en marchant alors j’ai repris courage et j’ai recommencé à courir, doucement mais surement… L’Homme et Bastien m’attendaient à peu près au kilomètre 40 et en voyant la pancarte d’encouragement de mon petit garçon et son enthousiasme, j’ai retrouvé le sourire !

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Il a commencé à courir avec moi (et il savait que s’il commençait à courir, il n’avait pas le droit de s’arrêter avant la fin) et on a couru main dans la main les deux derniers kilomètres, lui me parlant sans cesse (et moi en lui disant de temps en temps : « Tais-toi Bastien… Je me concentre sur mes jambes » ;-) Les spectateurs et les marathoniens qui marchaient en sens inverse nous ont largement félicités et encouragés. 

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Quand nous sommes arrivés sur le tapis jaune des derniers mètres, le speaker nous a vus et accueillis en parlant d’une maman et de son garçon et m’a souhaité une bonne fête des mères (et je dois dire que c’était vraiment un beau cadeau pour moi de vivre ça avec Bastien ce jour là !) et quand je suis passée devant lui, il a dit au micro : « Et elle court pour « Roses en Baie » ! » et là aussi ça m’a fait plaisir que l’association soit citée après cette course.

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(Photos prises par le photographe officiel du marathon, je vais peut-être acheter une de celle-ci pour l'arrivée avec Bastien mais ça coûte un bras!)

Quand j’ai passé la ligne d’arrivée, je me suis sentie un peu désorientée, les secouristes m’ont proposé de l’aide et de m’assoir, mais j’ai eu peur d’avoir des crampes, j’ai préféré marcher. J’ai quand même demandé une photo de l’arrivée avec Bastien ;-)

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Au moment des médailles, j’ai demandé à la bénévole qui les distribuait si je pouvais en avoir une pour Bastien qui avait couru la fin avec moi, elle a hésité mais je lui ai dit qu’il n’y avait plus grand monde derrière moi (sans compter qu’il y avait surement eu des abandons comme me l’a justement fait remarquer Bastien !) et elle me l’a donnée en me demandant juste de la cacher sur le site ;-)

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Je n’étais pas concentrée sur le chrono officiel au moment de passer la ligne d’arrivée, j’ai cru entendre quelque chose comme 5h30 … Mais malheureusement, le soir même alors que les résultats étaient affichés même pour le dernier, mon temps n’apparaissait pas et je ne savais pas quel était mon temps officiel, je ne savais pas combien il y avait de personnes derrière moi, et c'était très frustrant… 

Après avoir fait une réclamation à l'organisme, ils m'ont demandé des informations sur mon arrivée ce qui m'a obligé à "mener une enquête" et en regardant à quelle heure j'avais envoyé un sms pour la dernière fois sur le parcours, à quelle heure une photo avait été prise à l'arrivée, en voyant à quelle heure était arrivé le monsieur dont je voyais le numéro de dossard derrière nous sur ma photo et en regardant les photos de personnes arrivées à peu près au même horaire...j'ai pu donner une tranche horaire et je suis maintenant classée : j'ai donc couru ce marathon en 5h28 (temps réél après le départ de mon sas) et je suis arrivée 3445ème sur 3507... Il y a donc 62 personnes derrière moi ;-)

De mon côté, pendant la course, j’avais éteint ma montre à chaque fois que je m’arrêtais complètement de courir (parfois j’avais comme la sensation que quelque chose m’empêchait d’avancer et je m’arrêtais), et j’avais aussi coupé mon chrono quand je me ravitaillais sans avancer, car je voulais savoir combien de temps j’avais passé « en mouvement »… Par contre, je la laissais allumée quand je marchais bien sûr… Mon temps personnel sur ma montre est de 5h12 (je sais que ça ne compte pas car un marathon est un ensemble) mais c’est le temps que j’ai fait au marathon de Rennes sans marcher et sans m’arrêter, ce qui me fait penser que j’aurai vraiment pu le finir en 5h si je n’avais pas eu cette défaillance physique.

Alors, c’est sans doute le pire marathon que j'ai couru et j’étais déçue de ma course, déçue de moi car j’avais l’impression d’avoir échoué et de ne pas avoir été à la hauteur de la cause pour laquelle je courrais…

Mais c’est aussi le meilleur pour l'enthousiasme qu’il a généré autour de moi et avec les messages que je recevais, les notifications FB qui apparaissaient (même si je ne les lisais pas forcement pendant la course), je voyais bien que des gens pensaient à moi. Je me suis sentie portée, encouragée, aimée et ça faisait du bien, surtout quand je me sentais si mal et que j'avais l'impression de vous laisser tomber en ratant ce marathon.

Mais après la course, quand j’ai lu mes messages, par sms, par FB ou ailleurs, je me suis sentie bien mieux, j’ai vu que j'avais fait quelque chose qui vous a touché et je me suis sentie plus forte que pendant la course. Ces échanges ont été merveilleux! Ça prouve que quand on donne aux autres on reçoit forcément en échange! Je me sens enrichie!

Sur le coup, je me suis dit  que je ne courrais sans doute plus de marathon, car je m’en sentais  plus capable… (Mais ne disons pas "jamais"… Quelques jours plus tard, je me dit que j'aimerai recourir celui de Paris un jour, et que j'ai toujours mon rêve de courir celui de Londres ;-)

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 C'est le plus beau tee-shirt de finisher et la plus belle médaille que j'ai eu ;-)

 

Et j'ai aussi eu une carte de fête des mères faite par Bastien tout seul, il a eu l'idée et a écrit le texte sans demander d'aide :

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